Une fois que j’ai reformulé clairement le problème, arrive une étape que j’adore : l’idéation. C’est le moment où j’ouvre les fenêtres, où je laisse entrer de l’air, où j’autorise tout ce qui peut émerger. Pendant un instant, tout est possible.
Et ce qui est génial avec l’idéation, c’est qu’elle casse nos réflexes. On sort des sentiers battus, on laisse tomber “ce qu’on a toujours fait”, et on ose aller là où on n’irait pas naturellement. C’est une étape qui libère, vraiment.
L’idéation, c’est l’étape où je me déconnecte du réflexe “trouver la bonne réponse”. Ici, je cherche des réponses, au pluriel. Plein. Trop. Même celles qui semblent stupides, irréalistes, trop ambitieuses ou trop simples.
Parce qu’au début, l’important, ce n’est pas la qualité des idées. C’est la quantité. Plus j’en génère, plus j’ai de chances de trouver un angle vraiment intéressant.

J’adore faire des ateliers d’idéation en groupe. Parce que les idées ne s’empilent pas : elles se multiplient. Une personne lance quelque chose, une autre rebondit, une troisième tord la proposition et soudain… on atterrit sur une idée qu’aucune personne n’aurait trouvée seule.
Et c’est magique. C’est vraiment le moment où je vois l’intelligence collective prendre forme.
Pendant l’idéation, j’utilise beaucoup le “Et si… ?”. C’est une invitation. Une permission. Une manière d’ouvrir les portes sans les casser.
Et si on changeait le point d’entrée ?
Et si on supprimait cette étape ?
Et si on faisait l’inverse ?
Et si on repensait tout à partir de l’utilisateur le plus extrême ?
Ce petit “Et si…” déclenche souvent des perspectives inattendues.
L’une des règles d’or de l’idéation : pas de censure. Ni la mienne, ni celle du groupe. On évite les “oui mais…”, les sourcils froncés, les airs sceptiques. Tout ça tue la créativité.
À ce moment-là, je préfère mille fois une idée folle à une idée tiède. On filtrera plus tard. Pour l’instant, je veux que ça jaillisse.
Dans un atelier d’idéation, ça vit. J’écris, je dessine, j’entoure, je trace, je fais des flèches dans tous les sens. J’utilise des post-it, des schémas rapides, des croquis même si je ne dessine pas très bien.
Ce n’est pas le moment d’être propre : c’est le moment d’être expressif. Le visuel aide les idées à se libérer.
Pour générer des idées riches, j’aime varier les approches :
En changeant l’angle, je change naturellement les idées.
Ce que j’aime particulièrement dans cette phase, c’est quand je me surprends moi-même. Quand une idée apparaît et que je me dis : “Mais d’où ça sort ?!” C’est le signe qu’on a cassé un mur mental.
Et souvent, ce sont ces idées-là, un peu étranges au départ, qui deviennent les plus fortes après affinage.
Une idée, seule, n’est pas toujours incroyable. Mais quand je la combine avec une autre, elle se transforme. L’idéation, c’est un peu comme un laboratoire : je mélange, je fusionne, je décale, j’empile.
Et petit à petit, des pistes solides émergent. Des pistes qui commencent à ressembler à des directions possibles.
L’idéation pourrait durer des heures. Mais il y a un moment où je sens que l’énergie change. Les idées se répètent. On tourne en rond. C’est le signe que la phase a atteint son pic.
À ce moment-là, je respire, je regarde tout ce qu’on a généré, et je passe à l’étape suivante : la sélection.
Bien sûr, toutes les idées ne survivront pas. Et ce n’est pas grave. Je passe en revue tout ce qui a été produit, et j’identifie les pistes les plus alignées avec notre reformulation.
Je ne choisis pas encore une solution : je choisis des directions. Celles qui semblent résolument prometteuses.
Ce que j’aime dans l’idéation, c’est qu’elle génère de la matière : beaucoup, variée, inattendue. Sans elle, je resterais coincé dans des réflexes. Avec elle, j’ai une base riche, vivante et créative.
C’est une étape qui ouvre les portes avant de choisir lesquelles franchir.
Au final, l’idéation, c’est le moment où le projet respire. Où il gagne en amplitude. Où je déploie tous les possibles pour mieux choisir ensuite les plus pertinents.
Si l’empathie me montre la vie des utilisateurs, et la reformulation me donne le cap, alors l’idéation me donne l’élan pour inventer.
C’est une étape joyeuse, dynamique, parfois chaotique — mais indispensable.