Comprendre la réalité avant d’inventer
Concrètement, l’empathie, pour moi, c’est aller sur le terrain, rencontrer des gens, les observer, écouter comment ils vivent vraiment le problème. Et très souvent, ce que je découvre n’a rien à voir avec ce que j’imaginais. Des détails deviennent centraux, et des “gros problèmes” se révèlent être des non-sujets.
J’adore commencer par des entretiens utilisateurs. Pas des interviews figées, mais des conversations naturelles, humaines. Je pose des questions ouvertes : « Comment vous faites aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous agace ? Pourquoi ? » Et c’est dans les petites phrases, dans les répétitions, dans les hésitations que je trouve les pépites.
Ensuite, je passe par l’observation. Je regarde comment les gens utilisent un produit, un service, un espace — sans interpréter trop vite. Et là, c’est fascinant : les comportements réels n’ont souvent rien à voir avec ce que les utilisateurs pensent faire ou disent faire.

Dans certains projets, je vais encore plus loin : je m’immerge. Je refais les gestes, je vis le parcours, j’expérimente leurs contraintes. C’est là que je comprends des choses impossibles à percevoir depuis une salle de réunion : la charge mentale, les frustrations, les réflexes naturels.
Un point essentiel : écouter. Mais écouter vraiment. Pas juste entendre. Laisser parler, laisser des silences, relancer doucement. Et surtout, observer le non-verbal : les sourires crispés, les gestes automatiques, les hésitations. Parfois, ce qui compte le plus n’est pas dit.
Pour moi, la phase d’empathie n’est pas une collecte de données. C’est un moment de lien. J’entends des histoires, je découvre des émotions, je capte des signaux faibles. Et ce sont ces signaux qui vont devenir les “insights” les plus précieux pour la suite.
Une fois que j’ai assez de matière, je passe à la synthèse. J’identifie des motifs, des contradictions, des besoins profonds. Souvent, les gens expriment un besoin, mais en vivent un autre. Ils parlent de rapidité, mais cherchent en fait du contrôle. Ils parlent d’organisation, mais ont besoin de simplicité. Mon rôle est de démêler tout ça.
L’empathie a aussi un effet magique : elle aligne tout le monde sur la réalité. On sort des suppositions, on oublie les PowerPoints, et on revient sur terre. C’est un moment où on se dit tous : “Ok. Maintenant, on sait réellement ce qu’il faut résoudre.”
Pour moi, l’empathie n’est pas juste une phase. C’est un état d’esprit. La capacité de suspendre son jugement, d’entrer dans le monde de l’autre, de comprendre sans imposer. Et c’est ce qui permet de créer des solutions qui sonnent juste, qui sont naturelles, qui répondent à un vrai besoin humain.
Au final, l’empathie, c’est écouter, observer, ressentir. C’est accepter d’être bousculé, de remettre en question ce qu’on croyait vrai. C’est transformer des suppositions en faits, des impressions en insights, des histoires individuelles en décisions concrètes. Et c’est exactement ce qui donne au Design Thinking toute sa puissance.